L’avortement en Israël: un faux problème


Dans une unité de soins intensifs à Fort Worth au Texas, une femme de 33 ans est maintenue en vie, bien qu’elle soit en état de mort cérébrale depuis qu’elle a été victime d’un caillot de sang dans les poumons.

Ses parents et son mari supplient l’hôpital de cesser les traitements qui la maintiennent artificiellement en vie afin de la laisser mourir, mais leurs souhaits sont contraires à la loi. Le Texas est parmi la vingtaine d’États américains qui interdisent l’arrêt du maintien en vie artificiel aux patientes enceintes – or cette femme était enceinte de 14 semaines lorsqu’elle s’est retrouvée dans cette condition.

Alors que sa famille, ses amis et un nombre croissant de partisans s’opposent à la loi qui la traite comme une incubatrice humaine, un panel d’experts de la santé, de l’éthique et de la finance ont adopté une proposition révolutionnaire de l’autre côté du monde. Le panel, chargé par le gouvernement israélien de décider quels médicaments et technologies l’Etat devrait financer, incluant les avortements actuellement payés par l’Etat pour toutes les femmes de 20 à 33 ans, quelle que soit la raison de l’interruption de grossesse.

Le contraste entre les attitudes à l’égard de l’avortement aux Etats-Unis et en Israël est frappant et saisissant.

Dans un pays où l’Etat et l’Eglise sont séparés par la Constitution, les avortements sont néanmoins une source constante de polarisation sociale et une question politique brûlante.

En Israël, où l’Etat et la religion sont étroitement liés, où l’on ne peut pas être officiellement marié ou divorcé sans la bénédiction d’un clerc, où les transports publics sont interdits le jour du shabbat, où toute une poignée d’hôtels respectent les très strictes lois alimentaires juives, où les restaurants reçoivent une amende s’ils servent du pain pendant la Pâque lorsque les Juifs sont priés de ne manger que des matsot, où les magasins sont mis à l’amende pour avoir employé des Juifs le jour du shabbat, où une femme en tenue impudique peut être victime de crachats – les avortements ne sont pas seulement légaux, ils seront désormais payés par le contribuable.

Cette décision a à peine fait une vague. En dehors d’une poignée de réactions des juifs pratiquants qui ont prétendu que l’Etat encouragerait par là même l’interruption de grossesse, la seule grogne est venue de ceux qui considèrent que le panel devrait donner priorité au financement des médicaments plutôt qu’aux avortements ou encore de ceux qui prétendaient que le gouvernement devrait plutôt payer pour le contrôle des naissances.

Bien que les femmes israéliennes doivent obtenir l’approbation d’un comité dans un hôpital public supervisé pour bénéficié d’un avortement légal, 99 % des demandes sont accordées.

Cette attitude de laisser-faire envers les avortements est d’autant plus surprenante qu’Israël a longtemps encouragé l’accouchement et est devenu une superpuissance des traitements de fertilité financés par l’État, développant la recherche et les technologies de pointe.

Depuis de nombreuses années l’utérus juif est au service de la bataille démographique, exploité dans une tentative héroïque de faire face à la natalité musulmane. Les naissances ont toujours été encouragées et avec une moyenne de 2,8 enfants par femme, Israël a toujours l’un des taux de natalité les plus élevés du monde industrialisé.

Le professeur Jonathan Levy, qui a dirigé le panel médical, lui-même juif pratiquant, a bien résumé l’attitude qui prévaut : « Nous voulons de larges familles en Israël. Nous encourageons les naissances, mais lorsque la grossesse se produit par inadvertance ou est indésirable, je pense que nous devrions fournir les moyens de mettre fin à la grossesse correctement ».

Ce point de vue sain d’esprit se reflète dans le fait que l’interdiction légale de l’avortement non autorisé n’est jamais appliquée. Le manque d’intérêt envers de potentielles poursuites reflète le fait que l’avortement est pratiquement un faux problème en Israël.

Cela pourrait avoir à faire avec le fait que le judaïsme ne partage pas la croyance catholique romaine selon laquelle la vie commence au moment de la conception. Bien que les Juifs ultra-orthodoxes prennent la procréation divinement ordonnée très au sérieux, les femmes de ces communautés ayant en moyenne sept enfants, l’avortement n’est pas considéré comme un péché. La loi juive le permet afin de sauver la vie de la mère, ainsi que dans les cas de graves défauts ou de dangers psychologiques graves pour la femme.

Cela pourrait aussi avoir à faire avec le fait que la société non-religieuse a d’autres chats à fouetter – les questions de guerre et de paix, d’identité nationale, de sécurité financière.

Il y a même ceux qui pensent qu’Israël devrait aller un peu plus loin et supprimer les comités d’approbation de l’avortement afin que les femmes puissent interrompre leur grossesse sans avoir à en demander la permission.

Nonobstant les considérations théoriques féministes, pousser à un tel changement dans la loi serait une erreur. La situation actuelle est un compromis – entre ceux qui ressentent le besoin de contrôler en quelque sorte les avortements et ceux qui permettraient aux femmes une autonomie complète de leur corps.

Certes, de nombreuses femmes choisissent de recourir à des avortements illégaux afin de ne pas faire face au panel et d’avoir à peut-être mentir à ses trois membres. Mais étant donné que la loi contre les avortements n’est pas appliquée, et que les panels officiels approuvent pratiquement toutes les demandes d’avortement, nous devrions laisser faire les choses.

Ruth Sinaï est journaliste et commentatrice.

http://www.i24news.tv/fr/opinions/140122-de-l-avortement-en-israel

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