Quand la haine raciste s’écrit ou se filme dans la rue


«Le tag pour transgresser, se défouler, casser verbalement celui que l'on cible», dit Nicole Yardeni, la présidente régionale du Crif. La haine s'étale sur les murs./ Photos DR.

Alors que le maire de Toulouse Pierre Cohen pointe «un climat de haine», les gestes ou les tags antisémites et racistes refleurissent dans les rues, en pleine affaire Dieudonné.

La mécanique est immuable. Il suffit que l’actualité, comme aujourd’hui, le «feuilleton» Dieudonné, brasse les idées les plus vénéneuses pour que se propagent, entre bêtise et provocation, voire «communication» réfléchie, les symboles toujours anonymes de la haine raciste et antisémite. Cela a commencé la semaine dernière sur le net, devenu le défouloir (dépotoir ?) de la veulerie quotidienne. Un inconnu a trouvé malin d’aller se photographier devant l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, où Mohammed Merah avait fait un carnage, pour immortaliser une «quenelle» chère à Dieudonné.

Lundi dernier, sur un rond-point de la route de Revel, le panneau habituellement dévolu aux affiches de spectacles a été recouvert de graffitis particulièrement nauséabonds sur un mode malheureusement séculaire. Une main, là encore anonyme, a écrit : «A mort la juiverie, Fabius Hollande dégage, cathos et musulmans même combat». Le tout assorti de croix celtiques. Hier, c’est le candidat investi par l’UMP aux élections municipales de Blagnac, David Gerson, qui a découvert ses affiches recouvertes de l’inscription : «Alain Soral a raison», accompagnée d’insignes SS. Du nom de ce penseur d’extrême-droite déclaré et compagnon de route de Dieudonné. «Ce genre de tags est plutôt subtil à décoder, note Nicole Yardeni, la présidente régionale du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). C’est nouveau. Ils suivent la voie tracée par Dieudonné pour ne pas tomber sous le coup de la loi. Pour ceux qui ne connaissent pas le «penseur» Alain Soral, il vient d’être condamné à retirer des librairies livre Les chambres à gaz pour les nuls ». Pierre Esplugas, le porte-parole de l’UMP 31, qui a condamné ce geste et apporté son soutien à David Gerson, en appelle à la raison pour «résister à l’emballement actuel dans une démarche apaisée». Pierre Cohen, le maire de Toulouse, s’inquiète, lui, «d’une montée des haines, une sorte de vague qui déferle» contre laquelle les interdictions ne suffiront pas. «La stigmatisation des juifs, mais aussi des Roms, des SDF, des homosexuels, les propos racistes contre la garde des Sceaux, Christiane Taubira, sont la marque d’un phénomène qui s’est aggravé depuis un an et demi, souligne-t-il. Tout, ça me rappelle les noires années trente. Notre ville, malgré sa réputation d’ouverture, n’est pas épargnée. On sait très bien que Toulouse n’échappe pas à un certain nombre de radicalismes, comme l’a rappelé l’affaire Merah». Nicole Yardeni constate que «l’expression antisémite sous forme de tags accompagne l’abaissement du niveau des débats, d’une manière générale, dans la vie de la cité». Une cité qui en est réduite à faire garder les lieux confessionnels par la police.

Gilles-R. Souillés
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