L’identité juive se transmet par l’exemple, jamais par le discours !

Il est fréquent de rencontrer des parents dont le sentiment de vacuité juive est si fort qu’ils ont l’impression  de n’avoir rien transmis à leurs enfants, si ce n’est ce « qu’il ne faut pas faire ! » Outre le sentiment d’auto dénigrement qui interpelle plus sur le plan psychologique et éducatif, ’il est indéniable que l’exemple est d’abord une force pour l’enfant, et il n’est pas, pour autant, établi,  que le silence (ou discours) ne constitue pas le soutien stratégique et logistique de l’exemple.

Il est entendu que l’enfant fera ce qu’il a vu faire,   sans se rendre compte de ce mimétisme qu’il pourra découvrir plus tard, bien plus tard.

Une identité qu’on tente de transmettre  par l’explication, c’est-à-dire par la parole, est une ébauche, une approche, une velléité d’harmonie, jamais une initiation à « être vraiment,  » parce qu’une nature identitaire interpelle celui à qui elle est présentée  dans cette région profonde de l’être où elle suggère l’imitation si le projet satisfait ou, au contraire la « répudiation » si la perspective déçoit par le dépit qu’elle entraîne chez celui qui la manifeste.

L’identité juive est un militantisme où l’action a valeur de référence. Rien n’est plus éloigné de la conscience contemplative, c’est-à-dire, de  l’esprit conscient des nécessités d’agir et qui s’en abstient pour diverses raisons, que l’esprit juif. Dans une classification naïve, on dirait que l’action est pour le Juif, ce que le rejet du monde est pour le Chrétien. Nous sommes là dans l’essentiel et le fondamental.

Or, le discours n’a de sens que s’il aide à agir, s’il décrit et insiste sur la valeur et la portée du cadre dans lequel cette action s’inscrira. Il enjolive l’action, il ne l’explique ni ne la justifie. Dans cette vision et cette conception de l’action est visé un objectif fondamental sur lequel repose « l’idéal juif » : l’exemplarité !

C’est ainsi que des parents agissants sont préférés à des parents sages mais « contemplatifs. » Un « exemple de courage ou de générosité » aura plus d’impact chez l’enfant qu’un discours souvent pénible sur la bravoure ou la bonté.

Il semblerait que la raison tienne à la « relativité » de la parole à laquelle l’enfant est très vite initié, par opposition aux risques de l’action qui lui apparaissent d’évidence sans recours à la démonstration. La « conscience contemplative » limitée au jeu apprendra à l’enfant que tout renoncement à l’action est une forme de jeu, puisque, dans la règle première,  le jeu sort l’enfant du réel pour le projeter dans une dimension virtuelle, le tout évoluant dans une dimension extra-ordinaire !

Les fondements gréco-romains de la culture ambiante nous ont initiés très tôt au renoncement à l’action, comme relevant de l’inefficace  et nous ont invités  à privilégier la connaissance à l’action. De là, le mythe de l’intellectuel et le complexe de celui qui, n’en faisant pas partie se condamnera ainsi que ses proches.

source : arnold lagemi

La caricature du jour….

Éditorial de L’Arche n°634 (mars 2011)

À nos lecteurs

par Meïr Waintrater

Ce numéro de L’Arche a failli porter en bandeau «Numéro 634 et dernier», et cet éditorial a failli être un éditorial d’adieu. Notre journal – votre journal – a connu, entre la sortie du précédent numéro et la parution retardée de celui-ci, une crise dont des échos sont parvenus à la grande presse. Ce qui a été dit à notre sujet n’était pas toujours vrai, loin de là, mais le message perçu tenait en quelques mots: «Après plus de 54 ans d’existence, L’Arche cesse de paraître pour être remplacée par un site Internet».
L’annonce a suscité une intense émotion, parmi les collaborateurs de L’Arche, certes, mais aussi parmi nos lecteurs et chez nos nombreux amis, au sein de la communauté juive et bien au-delà. Des débats animés en résultèrent, entre les dirigeants du Fonds social juif unifié (FSJU), qui est le propriétaire du titre, et les collaborateurs et amis de L’Arche. L’instant décisif fut sans doute la rencontre entre Pierre Besnainou, président du FSJU, et Alain Finkielkraut.
Voici, pour l’essentiel, l’état des choses au 21 mars 2011, jour où ces lignes sont livrées à l’impression. L’Arche continue d’exister en tant que revue «papier» au plein sens du terme, sa totale indépendance rédactionnelle demeurant garantie. Un futur site Internet, créé à l’initiative du FSJU et qui est aujourd’hui dans les tout premiers stades de sa conception, devrait lui être associé. Pour étudier cette configuration dans son ensemble, le FSJU a mis en place une commission à laquelle participeront des personnalités indépendantes et des collaborateurs de L’Arche (dont l’auteur de ces lignes).La date de la prochaine parution de L’Arche, ainsi que sa périodicité, figurent parmi les données sur lesquelles il faudra trouver un accord.
En fonction des résultats de cette procédure, les membres de l’équipe de L’Arche s’adresseront bientôt à tous nos lecteurs et amis, porteurs d’informations et de propositions pour la continuation de notre œuvre commune. «L’annonce de ma mort était exagérée»: la remarque ironique de Mark Twain peut donc, semble-t-il, s’appliquer à notre journal. Et cet éditorial, qui faillit être un mot d’adieu, devient l’occasion de faire le point sur l’identité propre de L’Arche, une identité qui, en tout état de cause, demeure le gage et la condition de sa survie.
Je ne veux pas préjuger ici de la suite des événements, pas plus que je ne puis annoncer la date précise du numéro à venir, puisqu’une pause – que j’espère brève – nous est imposée par les circonstances.Mais je me dois de rappeler ici, en mon nom propre et au nom de tous ceux qui font ce journal, combien nous lui sommes attachés et pourquoi nous accordons tant d’importance à son maintien.

*

Par où commencer? Eh bien, prenons le chiffre 634, qui figure en couverture du présent numéro de L’Arche. Pourquoi celui-là et pas un autre? Peut-on suggérer sinon une explication, du moins une interprétation au fait que ce numéro, qui indique pour nous une «croisée des chemins», porte à côté de sa date (mars 2011) le chiffre 634? Quand un Juif est trop perplexe, il lui reste le recours de la guématria.
La guématria est une vieille pratique consistant à calculer la valeur numérique des mots et des expressions hébraïques (en hébreu classique, les nombres s’écrivent avec des lettres) pour trouver des analogies textuelles, voire des significations cachées. Les rabbins froncent parfois les sourcils devant certains excès de cette pratique, mais elle conserve son charme désuet – d’autant qu’à l’ère d’Internet, elle devient un jeu d’enfant. Tapez un nombre sur un moteur de recherche spécialisé, et vous êtes aussitôt dirigé vers un mot de la Bible dont la guématria lui correspond. En l’occurrence, pour le nombre 634, nous sommes renvoyés au chapitre IX de la Genèse, verset 12.
Le chapitre IX se situe juste après l’épisode du Déluge. On se souvient que Dieu avait ordonné à Noé de construire une arche (une arche!) pour abriter sa famille ainsi que les animaux, tandis que les flots recouvraient la terre. Au terme du déluge, les eaux s’étant retirées, Dieu dit à Noé de sortir de l’arche. Puis il bénit Noé et ses fils en leur ordonnant de croître, de se multiplier et de «remplir la terre».
À cet endroit intervient un événement cardinal: la promulgation des commandements qui sont à l’origine de ce que le Talmud appellera ensuite «les lois des fils de Noé», des lois destinées non pas aux seuls Juifs mais à l’ensemble de l’humanité et qui fondent le message universel du judaïsme. Soulignant l’actualité de cet événement, la revue de l’Amitié judéo-chrétienne, Sens, consacre son numéro de mars 2011 à la lecture qu’en faisait André Neher, un éminent collaborateur de L’Arche qui honora de son amitié le tout jeune homme que j’étais alors. L’alliance avec Noé, dit Neher, est «une loi morale imposée par Dieu à tous les hommes», et «cette loi est simple: elle consiste à respecter la personne humaine».
Nous sommes ainsi conduits au verset 12 du chapitre IX, où Dieu proclame «l’alliance que j’institue entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à venir». Et c’est là que s’arrête le curseur de guématria. Très exactement sur le mot hébraïque lédorot, qui signifie «pour les générations» et dont la valeur numérique est 634. Six centre trente-quatre numéros, voilà ce qu’il fallait à L’Arche pour prendre en charge le passage des générations. Eût-on cherché une date symbolique, on n’en eût pas trouvé de plus belle.

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J’ai évoqué plus haut l’émotion suscitée par l’annonce d’une éventuelle fermeture de L’Arche. Les personnes qui collaborent régulièrement au journal se sont alors exprimées dans des courriers internes, en des termes à la fois émus et émouvants. Parmi ces courriers, je retiendrai ici celui de Francine Kaufmann, professeur à l’Université Bar-Ilan (Israël). Elle écrit: «Je viens de passer deux mois en Guadeloupe, à travailler sur les papiers laissés par André Schwarz-Bart, et un numéro de L’Arche est resté à sa mort sur sa table de travail. Il avait d’ailleurs découpé tant d’articles, dont des éditoriaux de Meïr.»
Ce témoignage inattendu m’a bouleversé. Car je n’écrivais évidemment pas encore dans ce journal, quand André Schwarz-Bart y publia des extraits du roman qui, sous le titre Le Dernier des Justes, devait être couronné par le Prix Goncourt 1959 et marquer durablement l’image des Juifs dans la culture française. La représentation d’un Schwarz-Bart en sa lointaine Guadeloupe, lisant et découpant des numéros récents de L’Arche, apparaît ainsi comme la preuve de ce lien entre les générations (lédorot) par une parole juive, qui est notre raison d’être.
Qu’y eut-il d’autre, en effet, dans ce mensuel lancé en janvier 1957 et qui résista plus d’un demi siècle contre vents et marées? Une parole juive citoyenne, une parole juive responsable, une parole juive plurielle.
S’il faut offrir une description lapidaire du «concept éditorial» qui est à la base de L’Arche, la plus appropriée est sans doute celle-ci: un service public du judaïsme français. Au même titre que Radio France appartient à l’État mais n’est pas son porte-parole, L’Arche a toujours appartenu à une institution, le Fonds social juif unifié, sans en être pour autant l’organe.
Je puis témoigner personnellement que, durant les dix-huit années où j’ai dirigé la rédaction de ce journal, le directeur du FSJU – qui, de par ses fonctions, est le directeur de la publication de L’Arche – a pris connaissance du sommaire du journal et de son contenu en même temps que les autres lecteurs. Cela est à l’honneur de nos collaborateurs, qui ont toujours écrit dans une absolue liberté, ainsi que des responsables du FSJU, qui ont toujours respecté cette règle de conduite.
N’ayant jamais été un «journal maison», que la «maison» de référence soit l’institution propriétaire ou la communauté juive dans ses diverses acceptions, L’Arche a toujours veillé à ce chaque Juif – «de gauche» ou «de droite», «religieux» ou non, etc. – s’y sente représenté ou, pour le moins, respecté. Tel est l’engagement conclu par mes prédécesseurs, et que j’ai veillé à honorer scrupuleusement.
Une telle approche suppose un parti pris d’ouverture. Non pas seulement accepter la pluralité des points de vue comme une donnée objective, mais la revendiquer et la rechercher activement. Voilà pourquoi des responsables de la rédaction de L’Arche, issus comme moi de ce qu’on appelle une culture juive laïque de gauche, ont veillé à donner leur juste place à des sensibilités foncièrement différentes ou même radicalement opposées. Nous en avons tous été enrichis. Cet apprentissage de l’autre, qui se traduit dans des relations d’estime et d’amitié, fait qu’éditer un journal juif peut être la plus belle des tâches.

*

Sur l’étendue du champ ainsi couvert, sur le «minimum commun» qui nous réunit et sur les frontières au-delà desquelles la divergence légitime se mue en conflit insurmontable, les définitions ont varié au fil des années. Ce n’est pas tant le journal qui a changé, que l’environnement dans lequel nous vivons tous.
D’une période à l’autre, la mise en cause du droit de l’État d’Israël à l’existence et la diffusion des mythes antisémites (avec, pour corollaire, la négation de la Shoah) ont connu des hauts et des bas. Lorsque nous sentions un ferme appui dans la société ambiante, le dialogue était aisé et l’autocritique était naturelle. Quand les Juifs et Israël faisaient l’objet d’attaques systématiques et souvent irraisonnées, toutes nos ressources se portaient vers l’autodéfense.
À cet égard, la période qui commença en 2000 avec l’Intifada palestinienne aura été particulièrement difficile. Bien des fois, nous avons dû publier des dossiers et rompre des lances. Non pas pour défendre la politique de tel ou tel gouvernement israélien, mais pour nous opposer à la délégitimation de l’État d’Israël et à la diabolisation du peuple d’Israël. Non pas pour traiter d’antisémites tous ceux qui étaient en désaccord avec nous, mais pour rejeter les discours de la haine et dénoncer les étranges alliances qui se nouaient sous la bannière douteuse de l’antisionisme. Tout cela, en confrontant les rhétoriques à l’épreuve de la réalité, en ajoutant au débat public des éléments d’information ignorés ou occultés, et sans jamais perdre de vue les objectifs suprêmes que sont la paix entre les peuples et la fraternité au sein de la République.
De temps à autre, des glissements de sens ou des erreurs de langage nous ont portés au-delà de nos intentions premières. Parfois nous nous sommes rattrapés, parfois non. La tradition juive nous ordonne de demander pardon à ceux que nous avons offensés, et cela implique l’énoncé de la faute commise; que le présent paragraphe serve de «session de rattrapage» pour les fautes oubliées.
Cela dit, seuls des observateurs superficiels ont pu limiter leur attention aux aspects «politiques» de notre journal. Jamais – même aux pires heures où nous avions le sentiment de nous battre, le dos au mur, contre des déchaînements anti-israéliens, antisionistes et antisémites qui entraînaient parfois de violents passages à l’acte envers les Juifs de France – nous n’avons oublié que la vie a mille facettes. Les faits de culture et de société ont conservé chez nous leur place, ancrés dans des rubriques abritées autant que faire se peut des tempêtes ambiantes. Réserver des espaces à la philatélie ou au théâtre, au cinéma ou aux expositions, à la vie des communautés ou à la musique, est aussi à nos yeux un moyen de refuser toute emprise aux discours de la négation.

*

Une autre constante, durant ces décennies de parution, aura été le maintien d’un certain niveau éditorial.Le choix des sujets, la qualité de l’écriture, les exigences en matière de documentation et d’argumentation ne sont pas des préoccupations secondaires. Bien au contraire, cela est depuis toujours au cœur même de notre projet.
L’Arche a été parfois qualifié de journal «intellectuel». Je n’ai jamais pris cela pour une injure, mais j’ai bien perçu ce qu’il y avait d’insidieux dans une telle appellation. Et pourtant, à relire la collection complète de L’Arche qui n’a jamais quitté mon bureau, on se convainc vite que le reproche, fondé ou pas, peut être porté dans la même mesure sur un demi siècle de parutions. Car vérifier ses sources et rédiger en bon français ne sont pas des lubies élitistes: c’est l’expression du respect qui est dû au public. Nous sommes fiers qu’un tel respect ait marqué la rédaction de L’Arche dès ses premiers jours, et que ce pavillon-là n’ait jamais été baissé.
Respect encore, dans le refus de la connivence implicite et du repli sur soi. Nous n’ignorons pas que les Juifs français vivent au sein d’une société plurielle et qu’ils partagent avec leurs concitoyens des intérêts multiples. Bien sûr, un journal juif se distingue par l’attention qu’il porte à des sujets particuliers. Mais cette parole ne saurait être confinée, nombriliste, autoréférente. Jeter des passerelles, explorer des terrains partagés, évoquer ce qui réunit plutôt que ce qui divise: autant d’ambitions qui n’ont cessé d’être présentes dans ces colonnes.
Pour m’en tenir à la période écoulée depuis que j’ai pris la tête de la rédaction, nos «sorties» hors du champ judéo-juif ont été particulièrement bien accueillies. Si j’ai un regret, c’est de n’avoir pu faire davantage dans ce domaine. Et si j’ai un sujet de plainte envers les porteurs de discours antijuifs, c’est qu’ils nous ont fait perdre un temps précieux en vaines polémiques, au détriment de ces tâches combien plus riches et exaltantes que sont le dialogue, l’apprentissage de l’autre et la reconnaissance mutuelle.
Quand L’Arche publia un dossier commun avec un hebdomadaire chrétien qui émergeait à peine d’un lourd passé antisioniste, ou quand un numéro consacré aux génocides dont furent victimes les Arméniens de l’Empire ottoman et les Tutsi du Rwanda ne mentionna la Shoah que très marginalement et à titre comparatif, que n’ai-je entendu d’avertissements effrayés de la part de mes amis non juifs, comme si j’avais enfreint je ne sais quel tabou. Les lecteurs de L’Arche, eux, en furent heureux et aucune – je souligne: aucune – protestation ne fut élevée par eux, en ces circonstances comme en d’autres circonstances analogues. La morale de l’histoire est que les Juifs sont moins «communautaristes» qu’on ne se plaît à le dire, et qu’une identité assumée va de pair avec une totale ouverture au monde.
Parmi les messages émus envoyés par nos collaborateurs au cours du mois écoulé, celui de Frédéric Encel indique que «dans deux lieux tout à fait improbables – la bibliothèque presque vide de l’université rwandaise de Butaré, et le centre culturel (guère plus fourni) de Stepanakert, au Haut-Karabagh – L’Arche était présente, unique publication française». Il s’agissait, dans les deux cas, de ce numéro sur les génocides intitulé «Frères arméniens, frères tutsis, frères humains». L’émotion devient communicative, quand on se dit qu’en ces lieux lointains la voix de la France est portée par une parole juive.
Un journal juif, d’ailleurs, est-ce un journal qui ne parle que des Juifs? Qui n’est écrit que par des Juifs? Qui ne s’adresse qu’à des Juifs? Les réponses à ces trois questions, depuis le premier numéro de L’Arche, ont toujours été négatives. Une parole juive est d’autant plus authentique qu’elle vit en son sein la rencontre permanente avec le voisin ou l’ami, le proche ou l’étranger.

*

Dès que s’est répandue la rumeur d’une menace sur l’existence de L’Arche, nous avons été littéralement inondés par les messages de soutien (ma femme, qui est psychanalyste, dit que l’équipe du journal réalise un rêve d’adolescent: assister à ses propres obsèques et entendre son éloge funèbre).
Parmi les nombreuses expressions publiques de cette solidarité, il faut mentionner la création spontanée d’un groupe Facebook nommé «L’Arche ne doit pas mourir en mars». Il faut évoquer aussi une pétition, publiée dans le quotidien Libération et qui continue sa vie sur Internet, où des personnalités de toutes origines (un Prix Nobel de physique, des universitaires, des éditeurs, des écrivains, des cinéastes, etc.) disent que la «notoriété» de notre journal «dépasse la simple identité juive et communautaire» et que «sa disparition annoncée serait un désastre».
Les messages continuent d’affluer, en public comme en privé. Il en est beaucoup que je ne puis citer ni même évoquer ici; je n’en oublierai aucun. Plus encore que la sympathie pour un journal et son équipe, ils disent l’attachement à une éthique de la conversation, à une manière de (se) parler. Des années de travail éditorial n’ont donc pas été en vain. Il y a là un acquis, un bien commun qu’on ne doit pas laisser se perdre.
Et nous voici sur le pont de l’arche. Nous clignons des yeux à la lumière du jour, nous humons un air frais et partagé. Les paroles de l’alliance restent présentes à nos esprits, avec leur commentaire qui nous enjoint de «respecter la personne humaine».
Quant j’écris «nous», je pense à un troupeau non moins hétéroclite que celui qui survécut jadis au déluge. La toute petite équipe du journal, une trentaine de collaborateurs réguliers et une quarantaine de collaborateurs intermittents: journalistes, universitaires, rabbins, médecins, musicologues ou gens de lettres, acteurs à des titres divers de cette aventure merveilleuse. Et les lecteurs, ces milliers de personnes dont à chaque numéro nous avons jaugé l’intérêt, espéré l’approbation, attendu les réponses.
Un tel compagnonnage ne saurait disparaître. Entretenir une parole juive et la transmettre, c’est une ambition trop haute pour y renoncer aisément. Alors on s’ébroue un peu, on échange des regards, et on se prépare à de nouveaux commencements.

Une nouvelle revue "Meteor" desormais en ligne

à découvrir et à lire

Presse Juive du Passé

Ce site contient les versions complètes de journaux juifs publiés dans le monde entier. Ces versions numérisées permettent d’effectuer des recherches en texte intégral sur l’ensemble de la publication

source : jpress

Les Bene Israël (Inde) – Photographies de Frédéric Brenner

http://www.veroniquechemla.info/

Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme(MAHJ) présente l’exposition éponyme sur les Bene Israël. Dans le cabinet d’art graphique du musée, sont montrées 18 photos de Bene Israël prises par Frédéric Brenner en 1984 ainsi qu’une stèle du cimetière de Kochi (Cochin). 
Si, comme dans d’autres pays telle la Tunisie, les communautés juives en Inderemontent à l’Antiquité, elles ont « toujours pratiqué leur religion en toute liberté », sans « avoir jamais souffert d’antisémitisme », écrit Monique Zetlaoui,historienne, journaliste et auteur de Shalom India. Histoire des communautés juives en Inde (éditions Imago, 2000).

Quatre groupes Juifs

Ce subcontinent indien a accueilli quatre groupes Juifs, soit environ 30 000 Juifs dans les années 1940, 26 000 en 1951 et 15 000 en 1988. Ces Juifs ont activement contribué à l’essor de l’Inde, notamment dans le négoce de diamants, par leur collaboration à la Compagnie des Indes orientales, tel « Abraham Navarro, un Juif portugais venant de Londres, nommé comme ambassadeur de l’empereur moghol Aurangzeb en 1689 », ou au sein de l’administration britannique comme Pellegrino Treves.

Les Juifs de Cochin sont divisés en Juifs Blancs (« paradesi, étrangers en langue indigène, et meyuchasim en hébreu, les biens nés) vivant à Cochin dans la Jew Street, et Juifs Noirsd’origine indienne installés à Ernakulam, près du port et dans les villes voisines (ou « meshuacharim,les affranchis ce qui laisserait sous-entendre que ce sont des anciens esclaves affranchis ou des convertis »). Ce sont des « commerçants actifs établis depuis le roi Salomon dans le Kerala et parfaitement assimilés à la société indienne ». Ils ont joué un rôle important dans l’économie indienne, notamment sous l’occupation hollandaise (1663-1795). Ils étaient environ 3 000 dans les années 1940.

A « l’origine presseurs d’huile », les Bene Israël (ou Bnei Israël) ont été « longtemps coupés du monde juif et considérés comme une des dix tribus perdues après la destruction du Temple de Jérusalem ». Malgré les efforts des missionnaires chrétiens, ils sont restés fidèles à leur foi. La plupart ont fait leur aliyah dans les années 1950. Ils habitent essentiellement à Kolkata (Calcutta) et à Mumbai (Bombay) où ils sont environ 4 000 (environ 20 000 en 1951), ainsi qu’à Ahmadabad. La première synagogue est construite à Bombay en 1796 sous la direction de l’officier Samuel E. Divekar (Samaji Hassaji). Citons le poète Nassim Ezechiel ; les sociétés Sassoon à Bombay et B.N. Elias à Calcutta fondées par ces Enfants d’Israël.
« J’appartiens à la communauté juive d’Inde connue sous le nom de Bene Israel… Mes parents ont grandi dans un milieu juif. Ils ont fréquenté des écoles juives, appris l’hébreu dans une école dirigée par la célèbre famille Kadourie… Avec l’essor de Bombay, les gens se sont installés dans les banlieues. J’ai grandi dans un environnement pas spécifiquement juif… Si l’Inde est notre terre maternelle, Israël est notre terre paternelle », déclarait Yael Jhirad, présidente de la WIZO Inde, à Wizo Review au printemps 2008 (n° 318).
Venus du Moyen-Orient au XVIIIe siècle, les Baghdadi, parfois enrichis par la vente, à l’époque légale, de l’opium, sont plus proches des Européens. Leur nombre en 1940 est d’environ 6 500.

Enfin, les Mizos vivent aux frontières de la Birmanie. Jadis « farouches guerriers et coupeurs de têtes », ils revendiquent « depuis peu leur appartenance au judaïsme et se prétendant mystérieux descendants de la tribu de Manassé ».

Ethnologue et sociologue de formation, photographe et cinéaste spécialisé dans les Juifs de diaspora, Frédéric Brenner a saisi en 1984 ces Bene Israël dans leur vie quotidienne, dans des moments de joie (mariage à la synagogue), dans un pays majoritairement hindou. 

L’Inde est l’une des étages de son pépiple pendant plusieurs décennies, sur les cinq continents, pour conserver les traces de mondes en voie de disparition. Israël compte plusieurs dizaines de milliers de Juifs originaires d’Inde ou duPakistan qu’ils ont quittés à partir de 1948 : ces olim vivent à Lod, Ashdod, Ramleh… Les Juifs d’Inde ont aussi immigré en particulier au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie.Ils ont été visés par les attentats islamistes à Mumbai (Bombai) le 29 novembre 2008 : neuf Juifs se trouvant dans le centre Loubavitch (Chabad), dont le rabbin Gavriel Holtzberg et son épouse enceinte Rivka, y ont été assassinés. Après avoir effectué leur service militaire, nombre de jeunes Israéliens se rendent en Inde pour un séjour touristique et spirituel. L’Inde est devenu un partenaire/client stratégique pour l’Etat d’Israël.

Les photos de Frédéric Brenner ont été exposées en Europe, Israël, Amérique latine et aux Etats-Unis et ont valu à leur auteur le Prix Niepce et le Prix du Salon de la Photo. Certaines ont été réunies dans ses livres, dontDiaspora : terres natales de l’exil (2003). Elles montrent la variété de cette diaspora, ses similitudes – rites, conscience d’appartenir au peuple Juif, lien avec Eretz Israël – et ses différences.

Jusqu’au 9 janvier 2011

Au MAHJ 
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 60
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h
Le dimanche de 10 h à 18 h

Photo :
Frédéric Brenner

Devant la synagogue AlibagMaharashtra, Inde, 1984
© Frédéric Brenner

Les citations sont extraites du communiqué de presse.
source : lessakele

Robert Solé: " Pays arabes, vous perdez vos chrétiens, après vos juifs "

Interview – Le journaliste et écrivain syro-libanais publie "Une soirée au Caire". Une occasion d’évoquer avec lui l’Egypte, celle d’avant Nasser et celle de Moubarak qui vient d’aller aux urnes.

Syro-libanais d’Egypte, Robert Solé est arrivé à l’âge de 18 ans pour faire des études à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ). Il s’installe en France et fera pratiquement toute sa carrière au journal Le Monde. Devenu écrivain, il est l’auteur de nombreux romans et essais. Une soirée au Caire est le dernier en date. Il a reçu un accueil chaleureux, aussi bien en France qu’en Egypte. Nous l’avons rencontré pour parler du passé mythique de ce pays, mais aussi de son avenir.

<b>Roman – </b>Robert Solé, journaliste et écrivain, fait revivre le temps d’un roman, les péripéties d’une famille syro-libanaise d’Egypte, dans une société naguère cosmopolite et brillante, avant la montée des intolérances et de l’inexorable exil. 

TF1 News : Le narrateur, Charles, revient sur les traces de son enfance en Egypte. Ce n’est pas son premier voyage, mais celui-là est important, il vient pour clôturer un cycle. Il est là pour vendre la maison familiale habitée par Dina la femme de son oncle, seule à être restée dans ce pays. Charles, c’est vous ?

Robert Solé : Oui, le personnage de Charles me ressemble. Effectivement, avec ce livre, je termine en quelque sorte la saga de la famille Batrakani, que l’on retrouvait dans mes précédents romans. Je reviens au Caire avec l’intention de tourner une page. La ville que je découvre, les rencontres, les soirées organisées dans cet îlot occidental qu’est restée la demeure de Dina, font revivre un passé qui se décompose et un présent qui n’est plus tout à fait le mien.

la suite : Tf1

Grafitis : "Juif, tu me manques"

à voir

Quelques nouveaux timbres israéliens

Les peintres juifs de l’Ecole de Paris décrits par Nadine Nieszawer

Dans la première moitié du XXe siècle Paris représentait très certainement le foyer de la création artistique. C’est grâce à des artistes venus de l’étranger s’installer dans la capitale française et constituant ainsi « l’Ecole de Paris », que la peinture connut un véritable essor.

La spécialiste de l’Ecole de Paris pendant les années 1905 à 1939, Nadine Nieszawer explique que nombre de ces artistes étaient des Juifs d’Europe de l’Est à la recherche d’une terre d’asile où ils pourraient s’exprimer librement. Venus au début du XXe siècle, ces peintres s’installent essentiellement à Montparnasse où ils créent une sorte de « Shetl d’artistes ». Dans ces conditions, ils côtoient la richesse du monde intellectuel et artistique de Paris, mais aussi les écrivains et poètes yiddish de l’époque.

la suite : Aschkel

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