Le qualificatif le plus attribué par Mao et ses apôtres à Confucius, fut celui de « réactionnaire ». Or rien n’est plus faux; la meilleure preuve est que Mao sombre progressivement dans les poubelles de l’histoire et que l’aura de Confucius ne cesse de grandir dans la société chinoise moderne et au delà.
Confucius a introduit deux révolutions majeures dans une Chine féodale: la première réside dans la définition de ce que l’on appelle un gentilhomme ou plus précisément un gentleman. Avant lui ces termes désignaient exclusivement la noblesse de sang; après lui cela désignera, aussi, la noblesse du savoir et du coeur.
Cela implique que tout homme quelle que soit son origine, la position sociale ou économique de sa famille pouvait accéder (en théorie) grâce à ses études et à ses qualités morales aux plus grandes fonctions, y compris à la royauté. La tradition du savoir a perduré en Chine grâce aux examens impériaux chargés de fournir à l’Etat des hommes cultivés et intègres, ce qui a permis, bon gré mal gré, d’assurer la pérennité de l’Empire du Milieu durant des millénaires.
La seconde révolution réside dans le devoir (respectueux) de faire des remontrances au père et au prince, si l’on considère qu’ils vont dans la mauvaise direction.
Les lettrés avaient pour obligation morale et intellectuelle de critiquer le pouvoir en place, s’ils estimaient qu’il faisaient fausse route. Cela a d’ailleurs valu à de nombreux suiveurs de Confucius, d’être au mieux exilés et au pire de perdre la vie parce qu’ils estimaient que le prince ne prenait pas soin de son peuple qu’il laissait sombrer dans la famine ou qu’il entraînait inutilement à la guerre. Les prêtres taoïstes n’étaient pas le derniers à formenter des complots contre les élèves de Confucius.
Quelque part Confucius considère, comme il est indiqué dans la Torah (Berchith 8/21) que Yétser lev Haadam Ra Minéourav. L’homme ne naît pas bon, ou, plus précisément et littéralement, l’enfant, lui, naît carrément mauvais, car ses pulsions négatives l’entraînent vers le mal. Cette vision qui pourrait choquer certains d’entre vous, ne doit pas être comprise comme un constat d’échec pessimiste. Et alors, si l’enfant est mû par des penchants pas sympathiques, il a toute la vie devant lui pour s’améliorer?
C’est à cette tâche que s’attelle Confucius tout le long de sa vie et, c’est aussi cet objectif que vise la Torah et l’enseignement juif en général.
Ce qui rapproche notamment la tradition juive de Confucius, c’est l ‘écart saisissant entre les beaux principes et la dure réalité.
Courrier International, la vitrine internationale du très moraliste journal Le Monde s’interroge cette semaine: « Ce qui menace la Chine ? Et la réponse fuse: « Une société minée par la corruption ». Et d’expliquer, tout au long de ses colonnes, que plus pourri, véreux, concupiscent qu’un fonctionnaire chinois ça n’existe pas, ou alors un haut fonctionnaire. Les Chinois d’aileurs ont bien rigolé de la mésaventure arrivée à DSK car, qu’est ce qui permet de distinguer un Gouverneur de province du commun des Chinois si ce n’est, entre autres, l’importance de son harem. La femme de chambre du Sofitel new-yorkais aurait dû être flattée que Dominique ait jeté sur elle son dévolu. Et un fonctionnaire chinois de préciser dans C.I. « à quoi ça sert d’être précisément fonctionnaire si ce n’est pas pour toucher des pots de vin ». Ce sont là les survivances tenaces du système communiste, qui n’ont d’ailleurs rien inventé dans la Chine quadri-millénaire.
Les dirigeants chinois le savent bien et pour lutter contre cette gangrène ont trouvé le truc. Je vous le donne en mille, c’est Confucius. En Janvier de cette année, nous révèle C.I., il a été décidé d’installer une gigantesque statue en bronze de Confucius en face du mausolée de Mao, sur la place Tienenmen. J’ai visité la place en Mai et n’ai pas vu l’ombre d’une statue. En fait je l’ai ratée d’un mois. Une nuit d’Avril, ni vu ni connu je t’embrouille, il a été décidé de la déplacer. Confucius n’a trôné que quatre mois en face de la cité interdite et de l’immense photo de Mao, à qui elle faisait manifestement de l’ombre. Ce n’est pas grave, elle reviendra, peut-être le jour où l’on ôtera la photo de Mao et sa momie; car cet homme a besoin d’une digne sépulture comme tout un chacun (voir mon article précédent sur le respect dû aux morts).
Cela montre néanmoins la prise de conscience des dirigeants du Parti sur la nécessaire moralisation de la vie publique en Chine et de l’immense difficulté d’y parvenir.
Je vois là un parallèle avec la société israélienne. Voilà un peuple qui, non seulement a reçu la Torah au mont Sinaï il y 3323 ans, mais qui, en plus, a été abreuvé par la croyance que Derekh Eretz Kadma la Torah, autrement dit que, les règles de « savoir vivre » avec ses semblables et « savoir être » sont antérieures au don de la Torah. Rabbi Ismaël fils de rabbi Nahman ne nous dit-il pas: « Derekh Eretz a précédé de 26 générations le don de la Torah » (Midrash Rabbah Vayikra 9/3). D’ailleurs les Israéliens qui sont réfractaires à la Torah et qui connaissent leurs classiques, sont les premiers à prendre cette maxime au pied de la lettre. Du genre: à quoi sert la Torah puisque le Derekh Eretz lui est antérieur, comportons nous en Mensh ou en Bnei Adam (fils d’Adam), ça suffit amplement. Je n’en disconviens pas mais est-ce la réalité dans l’Israël de nos jours ? Ou pour reprendre la une du C.I. : qu’est-ce qui menace Israël ? J’ y répondrais: « une société minée par la corruption » et rajouterais un corollaire: et par l’inégalité scandaleuse des revenus. Savez vous qu’Israël possède plus de milliardaires que la France ?
A ce stade, il y a lieu de s’occuper un peu de datation. Confucius est né en 551 avant l’ère ordinaire mais il est le descendant de la famille royale des Yin (-1500) et aurait pour aïeux lointains les nobles de la famille de Song. Il ne cesse par ailleurs de rappeler qu’il n’est qu’un transmetteur de ce qu’il a appris des ancêtres. Tout ceci nous renvoie vers l’an 1500 -1700 avant JC ; soit à l’époque où nos ancêtres étaient encore esclaves en Egypte.
Comme nous le verrons BH dans un autre article qui traitera des parallèles entre la pensée confucéenne et la tradition hébraïque, on peut supposer qu’effectivement la « Voie de la Terre » (Derekh Erets) a précédé la Torah. J’ai préféré utiliser le mot « Voie » plutôt que « Route » (Derekh) car Confucius ne cesse de se référer à ce terme.
Cette « Voie de la Terre » provient-elle directement du Premier homme, Adam Harichon ou de son fils Chét dont nous descendons tous, des maison d’études instaurées pendant les dix générations qui séparent Adam de Noé, de Noé qui conserva cet l’enseignement (Sept Lois noahides) pour le transmettre, via ses trois fils, Chém, Ham et Yafét à toute l’humanité, d’Abraham, qui non seulement fut le premier monothéiste, mais aussi un homme qui respecta au plus haut point le Derehk Eretz ?
Je l’ignore, mais l’on peut affirmer sans se tromper que la Sagesse n’est pas réservée aux seules contrées du de l’Orient-Moyen, en épargnant l’Extrême. La Chine se targue d’une civilisation cinq fois millénaire comme Israël, et, ce qui est remarquable dans les deux cas, c’est qu’elle a perduré, tant bien que mal, jusqu’à ce jour.
Ce qui n’empêche pas bien entendu les dérives et autres perversions, mais, comme il est rappelé dans le Séder de Pessa’h « Au départ nos Pères (Téra’h, père d’Abraham) étaient des idôlatres » et D. fit sortir Abraham de cette contrée pour le conduire ailleurs. Peut-être en fit-Il de même avec maître Kong, qui passa l’essentiel de sa vie à errer avec ses disciples à travers l’immense Chine pour y semer l’enseignement qui lui vallut de trôner pendant 4 mois sur la place Tienenmen, mais aussi de marquer plus d’un milliard d’individus.
source : Geopolitiquebiblique