par Jonathan Schanzer
Chacun sait que si vous demandez à trois Israéliens ce qu’ils pensent, vous obtiendrez 10 avis. Pourtant, lors d’un récent voyage en Israël, j’ai entendu tout le monde des représentants du gouvernement, des universitaires aux chauffeurs de taxi reprendre le même refrain: «. Le « printemps arabe » c’est l’hiver arabe !» Nous semblons être témoins en Israël d’un rare moment de pensée de groupe.
Bien sûr, les Israéliens ont historiquement raison de s’inquiéter des menaces multiples les concernant. Aujourd’hui, avec la propagation de l’instabilité résultant d’une contagion de protestations, l’hydre du populisme anti-Israël et l’islamisme menacent d’anéantir des années d’efforts diplomatiques menés par Israël visant à assurer sa place parmi les Etats arabes.
La Grande « Révolte arabe » pourrait encore produire des régimes qui menacent Israël. .
En Tunisie, là où tout a commencé, Zine el-Abidine Ben Ali n’était pas l’ami d’Israël.
Dans les années 1980, il a accueilli l’OLP, et à part une bref dégel durant les années des accords d’Oslo, il n’a pas montré vraiment de chaleur envers l’Etat juif.
Attendez-vous à la même chose aujourd’hui. Si les Israéliens ne peuvent ignorer la rhétorique des frères musulmans émanant du parti Ennahda, et reconnaissent que la Tunisie peut leur être hostile elle ne pose néanmoins aucune menace pour l’Etat juif.
L’Egypte est un problème potentiellement plus grand.
Les Israéliens se sont appuyés sur le Caire pour maintenir la paix sur leur frontière sud, si non sur toute la région.
Comme le dit l’adage, «Si l’Égypte va à la guerre, le Moyen-Orient y va avec. »
Mais les possibilités d’une nouvelle guerre avec l’Egypte, sont actuellement faibles.
L’économie de l’Egypte est moribonde, les investisseurs étrangers effrayés et le réseau des corrompus que Moubarak a créé est sur le point de s’effondrer.
Même si les Frères musulmans sont aussi puissants que les sondages récents le suggèrent, il semble évident que la véritable lutte pour le contrôle de l’Egypte se situe entre l’armée et l’appareil de sécurité interne.
Les deux acteurs comptent beaucoup sur l’aide américaine.
Sauf si les islamistes parviennent à les purger complètement (peu probable), les intérêts israéliens, pour le moment semblent sécurisés.
Le Yémen est un cas désespéré, les analystes disent qu’il pourrait devenir un terrain fertile pour le terrorisme. Il l’est déjà !
Mais cela pourrait être pire, encore plus pour l’Amérique que pour Israël.
Les bombes dans les sous-vêtements et les cartouches d’imprimante bourrée d’explosifs n’ont pas été en direction de Jérusalem.
En Syrie, un changement de régime pourrait poser un réel défi à Israël.
Mais le successeur de Bachar el-Assad pourrait-il vraiment être pire?
Bien que la frontière nord d’Israël soit restée calme depuis la guerre d’Octobre 1973, les Syriens ont été et est un puissant allié de l’Iran et beaucoup de sang israélien a été versé par procuration, via le Hezbollah et le Hamas.
À bien des égards, la chute d’Assad serait probablement une bonne chose.
Bien sûr, les islamistes pourraient hériter de la Syrie, mais ils auraient peu de place pour manœuvrer contre Israël.
Après presque un an de soulèvements, la Syrie est épuisée et appauvrie, et Israël a une armée bien supérieure. Pour l’instant, Israël doit s’assurer qu’au milieu du chaos syrien, les stocks d’armes chimiques ne tombent pas entre de mauvaises mains.
Enfin, il y a la Libye. Mouammar Kadhafi fréquentait autrefois les terroristes palestiniens, mais c’était il y a quelques décennies.
La plus grande menace pour Israël en provenance de Libye sont les nombreuses armes qui ont disparu pendant la guerre de 2011, et qui sont acheminées vers la bande de Gaza avec l’aide des Bédouins de la péninsule du Sinaï.
La méthode pour acheminer ces armes jusqu’ à Gaza n’ont pas changé. Les Israéliens auront besoin de continuer à surveiller ces armes et les éliminer via l’entrée des routes de contrebande et des tunnels.
Un Hamas mieux armé est inquiétant, mais le Hamas est en mauvaise posture. En plus des difficultés financières en raison des sanctions internationales contre l’Iran (mécène principal du groupe), le carnage continu en Syrie et a forcé ses dirigeants à fuir Damas.
Quel état arabe porterait aujourd’hui le fardeau d’abriter ce groupe, étant donné les retombées attendues avec Washington.
Le Hamas semble être courtisé par la Jordanie ce qui est évidemment une source de préoccupation pour Israël, qui a fait la paix avec le Royaume hachémite. En 1999, le roi Hussein de Jordanie a expulsé le Hamas hors du pays, mais son fils Abdallah semble aujourd’hui prêt à pactiser avec le groupe dans l’espoir de courtiser les Frères musulmans jordaniens pour un partenariat politique.
Mais, lui aussi, ne donnera probablement pas de refuge au Hamas. Il veut consolider son règne certes, mais ne peut pas menacer son alliance avec Washington.
Si Abdallah chute, il en résulterait des ennuis pour Israël. Mais c’est un scénario peu probable à court terme.
Jusqu’ici, la grande question du « Printemps arabe » sont les Palestiniens.
L’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas a interprété les protestations arabes comme un feu vert pour mépriser Jérusalem et Washington et poursuivre la reconnaissance d’un Etat palestinien aux Nations Unies.
Abbas aurait l’intention de poursuivre cette campagne en 2012, défiant les Israéliens et le droit international.
En l’absence de paramètres perceptibles en place pour la paix, la position palestinienne est devenue comme un joker pour Israël.
Pour le moment, les Palestiniens ont peu de chances de lancer une autre Intifada. Tandis que des groupes violents peuvent tenter plus d’attaques contre Israël, les dirigeants palestiniens de Judée-Samarie ne semblent pas prêts à renouveler l’expérience épuisante de la seconde Intifada (2000-2005).
Bien sûr, le travail est journalier. Les analystes de la sécurité israélienne doivent se battre pour gérer l’instabilité permanente. Ils continuent à prévoir les pires scénarios sur une base quotidienne ou hebdomadaire.
Voici la « meilleure » des mauvaises nouvelles: les soulèvements arabes est un rappel bien nécessaire pour les Israéliens que leur région est remplie d’islamistes, et que le remplacement des dictateurs ne peut pas résoudre les problèmes d’Israël à long terme.
Mais voici la vraie mauvaise nouvelle: les protestations arabes sont une distraction face à la menace d’un Iran nucléaire.
Le régime de Téhéran continue de s’approcher du seuil nucléaire, mais la réponse israélienne est encore floue.
Est-ce que les Israéliens neutraliseront la menace par la force?
L’administration Obama a-t-il donné un feu vert?
À en juger par le débat houleux en Israël, et les désaccords extérieurs avec Washington, la façon d’avancer sur ce sujet pour Israël est loin d’être réglée.
Le printemps arabe est devenu un hiver rigoureux, mais les vents réels de la guerre continuent de souffler plus à l’Est.
L’auteur est un spécialiste du terrorisme et est aujourd’hui vice-président pour la recherche à la Fondation pour la Défense des Démocraties.
Aadapté par Aschkel pour Israêl-flash schanzer
source : Israel-Flash