Antisémite sans le savoir ?


Tout comme Monsieur Jourdain, dans le Bourgeois Gentilhomme, qui « faisait de la prose sans le savoir », Monsieur Gérard Delaloye, chroniqueur dans un quotidien suisse, le « Matin », semble faire de l’antisémitisme sans le savoir ou du moins, sans le croire.

Il faut bien se rendre compte, chers amis, que l’antisémitisme a épousé de multiples formes à travers l’Histoire, et qu’aujourd’hui, il se présente par exemple sous forme de l’antisionisme, mais aussi sous couvert de l’antiracisme, voire de la perpétuation de la Shoah, comme c’est le cas dans la chronique d’aujourd’hui.

Et puis, il y a toutes ces personnes que rien ne prédisposerait à priori à l’antisémitisme, mais qui par conformisme social, par l’influence des médias nocifs ou par méconnaissance profonde de la réalité proche-orientale, émettent des jugements hâtifs qui sont une insulte à la vérité. Particulièrement nombreux, ceux de cette dernière catégorie forment le lit d’un antisémitisme plus idéologique et organisé autant qu’ils en sont le relai indispensable pour contaminer les opinions publiques.

De quoi parle-t-on en l’occurrence ? Il existe en Suisse un observatoire de l’Antisémitisme et de la Diffamation, la CICAD, qui livre un combat quotidien contre tout ce qui peut être taxé d’antisémite dans les médias ou la société helvétiques. Un rapport annuel est ensuite publié, recensant les attitudes, phrases, actes ou dérapages recensés au cours de l’année.

Cette fois-ci, un débat radiophonique a été nécessaire il y a trois jours pour confronter Johanne Gurfinkiel, Président de la CICAD, et le journaliste Gérard Delaloye, à propos d’une phrase que ce dernier a écrite dans un reportage concernant ville de Czernowitz, cité roumaine, jadis à majorité juive, et qui comme toutes ces consoeurs d’Europe de l’Est, s’est vidée de ses Juifs à travers les cheminées d’Auschwitz. Epinglé par la CICAD à propos de cette phrase dont je vais vous parler, Gérard Delaloye s’est indigné de l’accusation d’antisémitisme, et a qualifié « d’infâme » l’accusation de la CICAD à son encontre.

Rien de tout cela ne serait arrivé, si Gérard Delaloye s’était contenté de relater ses impressions de voyage dans cette ville, sans conclure son article par une référence déplacée autant que malhonnête à ce qui se passe aujourd’hui en Israël.

L’article incriminé dans le Rapport de la CICAD publié récemment, date du 8 juin 2008, et il est intitulé « Czernowitz, la ville engloutie sous la Shoah ». Dans ce rapport de voyage très émouvant, du reste, Gérard Delaloye, décrit le passé glorieux de cette ville, notamment du fait de la présence d’une grande communauté juive dont sont issus de prestigieux écrivains, tels Paul Celan ou Aharon Appelfeld. Delaloye précise même que « cette ville aujourd’hui oubliée, fut à l’époque un centre de la culture juive presque équivalent à ce que fut Vilna plus au nord ». « Malheureusement », précise le journaliste « la communauté a été déportée en Transnistrie à la fois par les nazis et par les Roumains ». Me direz-vous, où peut-on déceler une quelconque trace d’antisémitisme ? C’est que Delaloye conclut son article par une phrase lourde de sens : « En parcourant l’ancien Ghetto, comment ne pas s’interroger sur cette désespérante humanité qui veut que les victimes d’hier ne cessent en Palestine de construire des murs pour enfermer leurs ennemis d’aujourd’hui». Et voilà, nous y sommes.

Cette phrase a bien-entendu été reprise dans le Rapport de la CICAD, ce qui a fait bondir l’auteur de l’article, a tel point que l’émission « Médialogues » de la Radio Suisse Romande a consacré une émission à ce sujet, opposant notamment Gurfinkiel et Delaloye. A l’indignation de ce dernier sur l’accusation d’antisémitisme, Gurfinkiel répondait « que cet amalgame entre les victimes de la Shoah et la politique de l’Etat d’Israël, était inadmissible », et que d’autre part, « le dit Rapport de la CICAD avait des critères très précis quant à la qualification de ce qu’est une déclaration antisémite. Dans le cas présent, ce n’était pas Gérard Delaloye lui-même qui était taxé d’antisémitisme, mais cette phrase, qui entrait bel et bien dans la définition du propos antisémite, tel que définie par l’EUMC, Observatoire Européen contre le Racisme et la Xénophobie ».

Le journaliste suisse, qui tentait de justifier son propos, s’est encore enfoncé davantage en avançant des inepties telles « que les Arabes israéliens et les Chrétiens n’ont pas droit à la parole », « qu’Israël est en train de construire un mur pour entourer les Palestiniens » ou encore « qu’il n’y a pas beaucoup d’Etats actuellement au monde qui entourent de petits murs chaque communauté dont ils sont les ennemis ».

Je voudrais faire deux réflexions, l’une à propos de ce pseudo-journaliste, et l’autre à propos des arguments avancés par Johanne Gurfinkiel.

Gérard Delaloye, qui s’est rendu en Bucovine pour aller visiter la ville de Czernowitz, aurait bien fait d’effectuer un petit voyage en Israël avant d’avancer les stupidités qu’il a dites, et d’établir cette comparaison odieuse, qui annule toute l’émotion que son reportage aurait voulu imprimer. Il y aurait vu à la Knesset ou dans d’autres cercles à quel point les Arabes israéliens profitent et ô combien machiavéliquement de la démocratie israélienne et de la liberté d’expression qui leur est accordée, il aurait pu constater que les villages qui sont entourés de clôtures ne sont pas les villages palestiniens mais au contraire israéliens, pour se protéger des incursions terroristes, et on lui aurait expliqué comment le Mur de Séparation a réussi à faire chuter les infiltrations terroristes dans les grandes villes d’Israël et à empêcher les attentats-suicides sanglants. La petite phrase assassine de ce monsieur est typique de ce nouvel antisémitisme révisionniste, qui pour donner encore plus de poids à son argumentaire, utilise le levier de la Shoah pour désigner les victimes d’hier comme étant soi-disant les bourreaux d’aujourd’hui.

Mais je dois dire chers amis, que l’intervention de Johanne Gurfinkiel m’a laissée sur ma faim et m’a même déçu. Pour contrer la phrase du journaliste suisse, Gurfinkiel ne trouve pas mieux que de dire : « Vous accusez les Juifs victimes de la Shoah d’être les responsables de la politique d’Israël. Je ne suis pas responsable de la politique d’Israël, pas plus que ne l’est ma famille disparue dans les camps (…) Les survivants de la Shoah ne sont pas tous Israéliens ». C’est vrai, mais là où le bât blesse, c’est que Johanne Gurfinkiel aurait du contrer Delaloye non seulement sur le principe de la comparaison avec la Shoah, mais aussi sur le fond : il aurait fallu absolument remettre ce journaliste en place, et informer les auditeurs sur la teneur mensongère des propos écrits et prononcés par Delaloye. Les termes utilisés par Gurfinkiel laissent à penser quel seule la comparaison avec la Shoah était déplacée, même si l’on pense qu’effectivement que la politique d’Israël est librement critiquable. C’est d’autant plus vrai que lors de cette émission, les animateurs lui ont justement posé la traditionnelle question « Peut-on critiquer l’Etat d’Israël sans être automatiquement taxé d’antisémitisme ? ». Face à de tels journalistes, il faut justement se dire solidaire de la politique d’Israël et dire pourquoi, plutôt que de donner l’impression que « nous c’est nous, et eux c’est eux »

C’est hélas la situation dans laquelle se retrouve de plus en plus de Juifs de diaspora, qui n’osent même plus plaider ouvertement la vérité concernant l’Etat d’Israël, qui ne défendent pas pied à pied les positions de l’Etat juif, et qui se réfugient sur d’autres thèmes plus consensuels, tels la Shoah pour traquer les antisémites.

Face à des Delaloye, il faudrait des interlocuteurs beaucoup plus percutants, agressifs et persuasifs, car le travail de sape de ces faiseurs d’opinion et considérable et destructeur.

Merci de votre attention. C’était Shraga Blum qui vous parlait depuis Efrat, bourgade juive en Israël, entourée de clôtures et de barbelés, pour nous protéger contre les terroristes palestiniens.

source : actu

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